Acouphènes : quand la tension de la mâchoire et de la nuque entre en jeu
TL;DR — Les acouphènes — ces sons (sifflements, bourdonnements) perçus sans source extérieure — ont des causes variées. Chez une partie des personnes, ils sont influencés par des tensions de la mâchoire et de la nuque : on parle alors d’acouphène « somatique ». Dans ce sous-groupe, un travail manuel doux sur ces tensions peut atténuer la gêne. Mais un acouphène mérite toujours un avis médical, et certains signes (apparition brutale, d’un seul côté, perte d’audition, vertiges) imposent de consulter un ORL sans attendre.
Qu’est-ce qu’un acouphène ?
Un acouphène est la perception d’un son — sifflement, bourdonnement, tintement, parfois pulsatile — sans qu’aucune source sonore extérieure n’existe. C’est un symptôme, pas une maladie en soi. Il est très fréquent : selon les études, entre 10 et 30 % des adultes en font l’expérience à un moment donné. Pour la plupart, il reste discret ; pour une minorité, il devient envahissant et affecte le sommeil, la concentration et le moral.
Dans la majorité des cas, l’acouphène est lié à l’oreille elle-même : exposition au bruit, perte auditive liée à l’âge, certains médicaments. On parle alors d’acouphène « otique ». C’est la raison pour laquelle toute évaluation commence par l’oreille, auprès d’un médecin ou d’un ORL.
L’acouphène « somatique » : le lien avec la nuque et la mâchoire
Il existe cependant un sous-groupe particulier : l’acouphène dit somatique (ou somatosensoriel). Chez ces personnes, le son peut être modulé — son intensité ou sa tonalité change — selon les mouvements ou les tensions de la mâchoire, du cou ou des épaules.
L’explication tient à l’anatomie : les informations sensorielles de la région cervicale et de la mâchoire et les voies auditives se rejoignent dans certaines structures du tronc cérébral. Une tension musculaire ou une perte de mobilité dans la nuque ou la mâchoire peut ainsi influencer la manière dont le cerveau « perçoit » l’acouphène. C’est ce qui explique pourquoi des troubles de l’ATM s’accompagnent parfois de bourdonnements.
Comment reconnaître cette composante somatique ? Quelques indices :
| Plutôt en faveur d’une composante somatique | Plutôt en faveur d’une cause otique / à explorer en priorité |
|---|---|
| Le son change quand vous serrez les dents ou tournez la tête | Le son est apparu brutalement |
| Acouphène associé à des douleurs de mâchoire ou de nuque | Acouphène d’un seul côté |
| Tensions cervicales, bruxisme, stress présents | Perte d’audition, vertiges, sensation d’oreille pleine |
| Variations au fil de la journée selon la posture | Acouphène pulsatile (rythmé sur le cœur) |
Cette distinction n’est pas un diagnostic : seul un professionnel peut l’établir. Mais elle aide à comprendre dans quels cas une approche sur les tensions peut avoir du sens — en complément du bilan médical, jamais à sa place.
À qui s’adresse une prise en charge manuelle ?
Quand un bilan a écarté les causes nécessitant un traitement médical, et qu’une composante somatique est plausible, un travail manuel doux peut viser à :
- relâcher les muscles de la mâchoire, de la nuque et des épaules ;
- restaurer la mobilité cervicale et mandibulaire ;
- réduire les points de tension (trigger points) qui modulent l’acouphène ;
- vous aider à mieux gérer le stress et le serrement de dents, qui entretiennent ces tensions.
Les études sur ce sous-groupe d’acouphènes somatiques montrent que des approches centrées sur le cou et la mâchoire peuvent diminuer la gêne ressentie. Il s’agit d’un soulagement de la composante de tension — pas d’une promesse de faire disparaître tout acouphène.
La thérapie cranio-sacrale que je pratique est une approche manuelle très douce, orientée vers le relâchement des tensions de la sphère crânienne, cervicale et mandibulaire. Je la propose comme un accompagnement complémentaire, en lien avec votre médecin ou votre ORL, pour les personnes dont l’acouphène s’accompagne de ces tensions.
Quelques gestes doux à essayer
Toujours sans forcer, et en complément d’un suivi médical :
- Relâcher la mâchoire. Plusieurs fois par jour, vérifiez que vos dents ne se touchent pas et que votre langue repose au palais. C’est la position de repos qui réduit la surcharge des muscles masticateurs.
- Détendre la nuque. De lents mouvements de rotation et d’inclinaison de la tête, dans une amplitude confortable, aident à relâcher les tensions cervicales.
- Respiration et stress. Quelques minutes de respiration lente abdominale réduisent le tonus musculaire global et, souvent, la perception de l’acouphène en fin de journée.
Quand consulter en priorité ?
Un acouphène n’est pas à banaliser. Consultez rapidement un médecin ou un ORL en présence de l’un de ces signes :
- acouphène soudain, surtout d’une seule oreille ;
- baisse d’audition brutale ou progressive ;
- vertiges, perte d’équilibre ;
- acouphène pulsatile (battant au rythme du cœur) ;
- douleur, écoulement de l’oreille, ou maux de tête inhabituels.
Ces situations peuvent nécessiter une prise en charge médicale spécifique. Le travail sur les tensions n’intervient qu’après cette évaluation, et uniquement quand il est pertinent.
Questions fréquentes
La physiothérapie peut-elle guérir mes acouphènes ? Il n’existe pas de traitement qui garantisse leur disparition. En revanche, lorsqu’une composante de tension mâchoire/nuque est présente, agir dessus peut réduire la gêne.
Comment savoir si mon acouphène est « somatique » ? Un indice fréquent : le son change quand vous bougez ou serrez la mâchoire, ou tournez la tête. Mais seul un bilan permet de le confirmer.
Dois-je d’abord voir un ORL ? Oui. Un acouphène justifie toujours une évaluation médicale de l’audition avant toute autre démarche.
Le stress aggrave-t-il les acouphènes ? Souvent, oui : il augmente les tensions musculaires et l’attention portée au son, ce qui amplifie la gêne.
Combien de temps avant de ressentir un effet ? Cela varie selon les personnes et l’ancienneté. Un effet sur les tensions, quand il existe, s’apprécie sur quelques séances.
Peut-on consulter en anglais ou en espagnol ? Oui, je reçois en français, en anglais et en espagnol.
Article rédigé par Alison Beck, thérapeute cranio-sacrale et réflexologue chez On Therapy, au Grand-Saconnex (Genève). Si votre acouphène s’accompagne de tensions de la mâchoire ou de la nuque et que votre bilan médical le permet, prenez rendez-vous en ligne ou appelez le cabinet au 022 920 01 11.
On Therapy — Chemin Taverney 13, 1218 Le Grand-Saconnex, Genève.
Sources et pour aller plus loin
- Revues systématiques sur l’acouphène somatosensoriel et le rôle des structures cervicales et temporo-mandibulaires, PMC / MDPI, 2023–2024.
- Études sur l’efficacité des interventions de physiothérapie pour les troubles de l’ATM associés à des acouphènes.
- Travaux sur la modulation somatosensorielle de l’acouphène (mâchoire, nuque, points de tension myofasciaux).
Cet article a une vocation d’information générale et ne remplace pas un diagnostic individuel par un professionnel de santé. Tout acouphène doit faire l’objet d’une évaluation médicale.




Laisser un commentaire